REDDD

REseau pour la Diffusion de la Diversité en DVD et supports numériques

ÉTAT DES LIEUX

Depuis quelques années, les modes de diffusion et de consommation des œuvres culturelles changent de plus en plus vite.

D’une part, les fichiers numériques, leur diffusion, le piratage facilité et démocratisé qui s’ensuit, le renouvellement de plus en plus court des supports – le DVD aura eu la vie la plus courte de l’histoire des supports vidéo – qui fragilisent un secteur ayant du mal à assumer ses investissements, à fidéliser et rassurer sa clientèle.

D’autre part, les pratiques commerciales des grandes enseignes qui réduisent de jour en jour la diversité à une peau de chagrin : le profit maximum pour une marge toujours plus réduite amène inévitablement les différents acteurs du marché à se concentrer sur les « produits rentables ».

La musique a fait et fait encore les frais de ces changements radicaux d’habitude de diffusion. Le secteur n’était pas préparé, et c’est toute une industrie qui est mise à mal, depuis les artistes que l’on ne veut plus se risquer à produire au disquaire qui doit fermer faute de rentabilité.

Le secteur de la vidéo a connu un répit, les films étant moins faciles à télécharger et à diffuser à la demande. Mais ce n’est qu’un répit. Le progrès technologique porte à croire que l’histoire se répétera si rien n’est fait en amont. Quand aux pratiques commerciales du secteur, elles n’épargnent pas la distribution vidéo de l’appauvrissement de l’offre culturelle.

Il existe cependant des boutiques de DVD qui, à l’instar des disquaires désormais quasi-disparus, proposent une offre diversifiée, des conseils et des animations faisant la promotion du cinéma au sens large du terme, tant en profondeur (diffusion d’œuvres dites « de fond de catalogue ») qu’en largeur, en proposant des genres ou formats peu représentés (courts métrages, films expérimentaux, documentaires de création...).

Ces boutiques sont aujourd’hui animées par la passion, voire le nécessaire militantisme, de leurs créateurs. Nous savons qu’une partie non négligeable de la population est ouverte - même souvent attachée - à la diversité culturelle, et que nous sommes les derniers à proposer ce choix. Nous savons également que ce public est attaché au support, qu’il soit DVD, Blu-Ray ou tout autre support à venir, sans que cela soit pour autant incompatible avec des modes d’appréhension dématérialisés.

Nous savons enfin qu’il tient particulièrement à la notion de rapport humain, avec un vendeur compétent, et que ce rapport il le trouve le plus souvent –et inexorablement– dans un commerce de proximité. En somme, nous avons conscience de l’importance de notre rôle comme passeurs de culture.

Aujourd’hui, à défaut d’être une activité profitable, la vente de DVD de films et programmes exigeants dans un environnement humain reste une activité encore rentable. Mais pour combien de temps ?

Des phénomènes inquiétants semblent s’aggraver jour après jour :

  • Le prix du DVD sans cesse décroissant détruit la perception de la valeur psychologique d’un objet pourtant d’autant plus coûteux que relevant d’un acte éditorial effectué en marge de critères exclusivement commerciaux ;
  • La désolidarisation irréfléchie des mandats DVD/VOD et l’exploitation qui s’ensuit des droits VOD, sans corrélation (ou régulation) aucune avec le support physique correspondant, par des « outsiders » –dont le métier d’origine a peu à voir avec l’édition vidéo voire le cinéma– tendent à précipiter la chute du support physique en ruinant le travail éditorial entrepris par les éditeurs vidéo et le travail d’exposant des revendeurs indépendants ;
  • L’absence de pédagogie relative à la notion de piratage n’aide pas à la découverte des œuvres de façon légale et normale ;
  • Les renouvellements de supports résultant du suicide organisé des supports précédents semblent plus que jamais dictés par des considérations industrielles, économiques et cycliques émanant de l’offre et non de la demande.

Si l’on admet que la limite de notre engagement, c’est précisément notre rentabilité, alors il est vital de comprendre que lorsque celle-ci sera définitivement érodée, le dernier passeur de la diversité culturelle s’éteindra et il sera trop tard.

Aussi, est-il urgent d’agir aujourd’hui pour demain. Ne pas attendre que nous fermions les uns après les autres, à l’instar des disquaires indépendants.

Nous proposons donc dans l’immédiat de mettre en place une charte pour affirmer nos convictions et nous y tenir. Nous souhaitons que cette charte aboutisse à un label de qualité, reconnaissable par notre clientèle. Nous souhaitons que les signataires de la charte forment un réseau pour partager leurs expériences, mutualiser leurs forces et mettent en place des moyens pour assurer leur survie.

Le REDDD (REseau pour la Diffusion de la Diversité en DVD et supports numériques) est une initiative des membres fondateurs BLAQ OUT, CHALET POINTU et POTEMKINE, tous trois à la fois boutiques spécialisées et éditeurs de films exigeants.

Adhérer en ligne à notre charte de qualité